Pas besoin d'être un observateur médiatique aguerri pour s'apercevoir que le conflit étudiant actuel est en train d'installer une ambiance malsaine au sein de la société québécoise, bien sûr, mais aussi dans les relations qu'entretiennent les journalistes, photographes et caméramans, autant avec les manifestants qu'avec les forces de l'ordre.
Pas plus tard qu'hier, une "Manifestation contre Power Corporation" a dégénéré au point où Jacques Nadeau, photographe du journal Le Devoir fut quasiment piétiné par un cheval de la SPVM (vers 2:00 sur la vidéo ci-bas). Ça a donné lieu à une scène pour le moins éloquente (la photo qui coiffe ce billet): un manifestant masqué qui aide le photographe a se relever! Une engueulade a également éclaté (vers la fin de la vidéo) entre un caméraman de CTV, Nadeau et la police. Le journaliste Jean-Hugues Roy a même dû s'interposer pour tenter de calmer les esprits. Pour universitv.tv (la télé des étudiants de l'Université de Montréal) qui a mis cette vidéo en ligne le «contrôle médiatique et la quête d'information ont trouvé leur paroxysme en ce 15 mai 2012.»
J'ai envoyé le lien vers cette vidéo à Jean Barbe, l'«écrivain, éditeur et journaliste chroniqueur», comme le décrit le site Web du journal Le Monde, dans lequel il a publié, le 15 mai dernier, un texte d'opinion intitulé: «Enfin une révolution sociale dans la Belle Province». J'étais curieux de savoir ce qu'il pensait de la relation de plus en plus difficile entre les médias, les manifestants et les forces de l'ordre.
Lui-même dans une position pour le moins singulière (contradictoire?), à la fois de «journaliste chroniqueur»/blogueur pour le Journal de Montréal et participant à des manifestations, aux côtés des étudiants contre la hausse des frais de scolarité (dont la fameuse manif nue, voir photo ci-haut), Jean Barbe s'attire parfois la sympathie, mais aussi les critiques et les insultes par ses écrits et ses prises de position. C'est un peu de tout ça que j'avais envie de discuter avec lui via Skype:
«Il faut parler. Et si on ne le fait pas, si on prouve que cette arme-là n'est plus valable dans notre démocratie, c'est qu'on est rendu trop loin. Alors, ça va se taper sur la gueule et ce serait terrible qu'on en arrive à ça», Jean Barbe.
Non, il ne s'agit pas d'une blague. Radio-Canada a bel et envoyé un communiqué cet après-midi pour faire taire la rumeur qui se propageait sur les réseaux sociaux et les blogues comme quoi le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, était le fils de la lectrice de nouvelle Pascale Nadeau. J'avais bel et bien vu passer un commentaire affirmant cette rumeur à la suite de mon billet d'hier sur les blagues concernant la démission de Line Beauchamp, mais je n'y avais pas vraiment porté attention. On lit ce genre de fabulations plusieurs fois par jour.
Mais voilà que Radio-Canada a jugé que la rumeur avait pris des proportions telles qu'il fallait rétablir les faits. Voici le fameux communiqué:
Contrairement à ce qu’avancent certains sur les réseaux sociaux, Radio-Canada tient à préciser que Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l’organisation étudiante la CLASSE, n’a aucun lien de parenté avec Pascale Nadeau, journaliste-présentatrice du Téléjournal du vendredi au dimanche sur nos ondes.
En espérant que ceci mettra fin aux rumeurs non fondées qui circulent actuellement. Aucune entrevue ne sera accordée à cet effet.
Et vous, avez-vous pensé une seule seconde que cette rumeur était vraie? Vous ne pensez pas qui si ça avait été le cas, qu'aucun journaliste au Québec n'aurait soulevé cette anecdote juteuse à souhait? Franchement, si vous êtes tombé dans le panneau du complot médiatique, je vous plains...
Et puisque vous insistez, pour vous rassurer, je vais demander à la directrice de tournée du chanteur Claude Dubois sur Facebook (c'était ma gardienne quand j'étais petit, pas de farce!) si Gabriel Nadeau-Dubois ne serait pas son fils par hasard!
Et non, ne vous inquiétez pas, le porte-parole étudiant Léo Bureau-Blouin n'est pas le fils de Johanne Blouin et de Bureau en gros ni de Léo-Paul Lauzon. Pas plus que Martine Desjardins (porte-parole étudiante) n'est la fille de Richard Desjardins!
On nage en plein délire là!
AJOUT: Gabriel Nadeau-Dubois ne donnera surement pas d'entrevue à ce sujet, mais ça ne l'empêche pas de faire de l'humour avec cette anecdote sur son compte Twitter:
Et avant que vous me le demandiez, non, je ne suis pas le fils illégitime du conseiller de Jean Charest, John Parizella ni du guitariste John Pizzarelli...
La démission de la ministre de l'Éducation Line Beauchamp a suscité un véritable raz-de-marée de commentaires sur les réseaux sociaux. Parmi ceux-ci, plusieurs utilisateurs de Twitter, dont quelques personnalités publiques, en ont profité pour rigoler un bon coup. Voici un «best of» des meilleures blagues capturées pendant le tsunami de tweets. Me connaissant, vous devriez revenir d'ici demain, j'en aurai sûrement ajouté plusieurs, mais là je dois aller souper... ;-)
Il y a les joies du direct et les joies du direct sur les chaines de nouvelles en continu! Vous savez, quand un journaliste doit faire du temps, qu'il a une idée en tête: par exemple, trouver des gens fâchés par l'arrêt de service provoqué par des bombes fumigènes que des individus ont placées dans plusieurs stations de métro à Montréal en pleine heure de pointe matinale. Imaginez que ce journaliste trouve que les gens qu'il interroge ne sont pas assez fâchés à son goût, et qu'il décide d'aller voir plus loin, là où ça semble brasser plus. Yesss, il y a des étudiants, pas très loquaces, mais ce n'est pas grave, il y a un cycliste qui devrait faire l'affaire. Et là, il se passe quelque chose de magique! Le cycliste en question n'apprécie pas la question et les insinuations du reporter et le lui fait savoir avec assez de convictions qu'il finit par avoir raison du reporter qui doit avouer que non, il n'a aucune preuve de ce qu'il insinue par sa question (que ce sont des étudiants qui aurait lancé ces bombes fumigènes). Le pauvre reporter n'a d'autres choix que de terminer cette conversation qui le place dans une situation pour le moins inconfortable sur le plan de sa crédibilité. Le reporter s'appelle Paul Larocque, un des journalistes vedettes de TVA / LCN. Et, dans cet extrait, il ne semble pas connaitre un principe journalistique élémentaire: la confirmation des faits que l'on avance ou que l'on insinue par une question... Rigueur, rigueur, rigueur...
AJOUT: on vient de m'indiquer qu'en fait, la séquence présentée dans la vidéo n'a pas été présentée en direct, qu'elle a été diffusée par choix de donner la parole à ce citoyen. Je veux bien. Ceci étant dit, lorsque le cycliste demande à Larocque pourquoi il insinue qu'il s'agit d'étudiants, Larocque ne dit pas qu'il n'insinue rien, laissant ainsi planer le doute… sur des faits NON CONFIRMÉS, je le répète. On ne demande pas l'opinion des gens sur des faits non confirmés, point. Ça s'appelle de la spéculation pas de l'information...
AJOUT: Et puisque l'on est dans le sujet de la rigueur journalistique et de la confirmation des faits avant publication, laissez-moi vous montrer ce que La Presse a publié sur Facebook ce matin pour propager sa nouvelle sur les PRÉSUMÉS responsables des perturbations causées par des bombes fumigènes dans le métro hier:
Même pas «qui auraient perturbé»! La présomption d'innocence est devenue caduque avec le temps? Depuis quand les médias se substituent au travail des policiers? Culture de la délation au détriment de la rigueur journalistique! Non, ça ne va pas bien du tout...
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AJOUT 2: Sun News, qui a une longue expérience de rigueur journalistique, comme tout le monde le sait, y est allé d'une question hautement constructive à propos du conflit étudiant: «Does Jean Charest have balls?»...
Les changements de saisons sont propices au grand ménage. On ouvre les fenêtres, on fait briller nos nouveaux achats en leur trouvant un emplacement de choix, prenant ainsi la place des vieux bibelots empoussiérés qu'on se dépêche de mettre dans la boite pour la prochaine vente de garage.
C'est un peu comme ça que ça marche dans les médias. Dès les premiers rayons du printemps, on annonce nos couleurs estivales et même automnales avant que tout le monde ne se mette à préférer allez jouer dehors plutôt que de rester le nez collé sur leurs écrans.
C'est aussi un bon moment pour annoncer des mauvaises nouvelles. Fermetures, coupures, tirage de plogue sur des émissions passent beaucoup mieux dans la gaieté du mois de mai...
Voici donc, dans le désordre, les annonces médiatiques du printemps, trié en trois catégories très tendance: J'AIME, J'AIME PAS et M'EN FOUS!
L'annonce de l'arrivée, à l'automne, de Michel C. Auger, journaliste et commentateur politique hautement crédible, à la barre de l'émission du midi, l’automne prochain, à La Première Chaine de Radio-Canada, fait une pierre deux coups. D'abord, ça permettra au sympathique, mais parfois confus Pierre Maisonneuve de prendre une belle retraite bien méritée. Et Michel C. Auger pourra enfin se lâcher un peu plus lousse à la radio, un médium qui devrait lui convenir davantage que la télé où il paraissait souvent coincé dans le sérieux de son rôle de correspondant à Washington. Reste à savoir qui le remplacera. Je gage sur Emanuelle Latraverse, tiens, comme ça, au feeling...
L'annonce d'un nouveau magazine culturel est toujours une excellente nouvelle en ces temps de rareté du genre à la télé. Et quand je parle de magazine culturel, je ne parle pas de 30 minutes de tapis rouge, de flashs de paparazzi, de potins de stars et d'entrevues prépayées à Hollywood. Je parle d'une émission où l'on célèbre autant autant la culture populaire que l'audace, où on la questionne, où on la propage et la fait découvrir au plus grand nombre sans avoir besoin d'un micro fluo et de superlatifs à rallonge. Et avec un duo d'animateurs solides comme Matthieu Dugal et Émilie Perreault, on ne peut qu'anticiper le plaisir d'être au rendez-vous de ce ARTVstudio, qu'on nous promet pour les vendredis de l'été, dès le 8 juin, à 19h30, à ARTV.
Une nouvelle série réalisée par Podz aussi, c'est toujours une bonne nouvelle. Cette fois, dans Tu m'aimes-tu?, Sébastien Huberdeau, Magalie Lépine-Blondeau et Steve Laplante interpréteront les personnages de Fred, Mélanie et Dave, trois individus cherchant leurs repères et se débattant sans cesse pour réinventer les bases de leur vie sentimentale et amoureuse. En plus de tenir l'un des rôles principaux de la série, Steve Laplante (Aveux, Mirador, Les hauts et les bas de Sophie Paquin) a coécrit le scénario en compagnie de l'acteur Frédéric Blanchette (Penthouse 5.0, Tout sur moi). Si seulement on pouvait savoir quel soir et à quelle heure ce sera en ondes l'automne prochain, on pourrait déjà programmer notre enregistreur numérique...
Franchement, si c'est pour un concept aussi excitant que celui de la nouvelle émission Un air de famille qu'on a tiré sur la plogue de Studio 12, je fais une plainte au CRTC... Vrai qu'il fallait donner un peu plus d'ouvrage à Patrice L'écuyer (ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu au petit écran celui-là...;-). Le blogue Franco Phil l'a fort bien relevé: le but d'Un Air de famille, selon Louise Lantagne, directrice générale de la Télévision de Radio-Canada, est de «faire rayonner le patrimoine musical à travers des talents méconnus qui se révéleront au grand public.» Et faire rayonner les artistes professionnels et émergents du Québec qu'on invite de moins en moins à performer à la télé pour cause de coûts de production trop élevés, ça ne fait plus partie du mandat de Radio-Canada depuis les dernières compressions? Désolé, mais si c'est pour entendre Il était une fois des gens heureux chantée par la famille Tremblay de Dolbeau, je vais passer mon tour Patrice...
J'ai eu vent de la fin de l'émission de radio humoristique Le Sportnographe il y a quelques semaines, mais l'annonce officielle a été faite tout récemment. Je dois avouer que si la première année je n'avais pas accroché au concept (il faut dire que je suis autant amateur de sport que Stephen Harper est amateur de culture québécoise...), ils ont réussi à m'attirer dans leur humour grinçant en débordant de plus en plus de leur ligne directrice. J'ai aussi eu vent que les gars du Sportnographe ont présenté une version télé de leur émission radio à un télédiffuseur au courant des derniers mois, mais que celui-ci a préféré passer son tour, craignant de bousculer un peu trop son public... Quoi qu'il en soit, on espère que l'on ne se passera pas trop longtemps de leur irrévérence, peu importe le médium qui ne sera pas trop frileux pour embarquer dans leur délire.
La disparition annoncée des versions imprimées des hebdomadaires culturels Voir édition Saguenay/Alma et Voir édition Mauricie, de même que celle de Hour Community à Montréal (quelques après mois avoir viré presque toute l'équipe de rédaction pour tenter un ultime repositionnement), n'est pas une bonne nouvelle. D'abord pour ses journalistes et artisans qui se retrouvent sans emploi à un bien mauvais moment déjà ébranlé par les compressions à Radio-Canada, entre autres. Mais surtout, une bien mauvaise nouvelle pour la vivacité des milieux culturels du Saguenay-Lac-Saint-Jean et celui de la Mauricie. Bon, d'accord, ce n'était plus un secret pour personne que ces éditions régionales étaient devenues aussi minces qu'une feuille de chou, faute d'annonceurs. Mais pour les artistes régionaux qui pouvaient compter sur une couverture digne de ce nom, c'était une importante feuille de chou. Il semblerait que ces éditions continueront de vivre sur le site Web de Voir. Reste à voir, comme se le demandait Stéphane Baillargeon dans Le Devoir, «si Voir Montréal, navire amiral de la petite flotte, va sombrer à son tour.»
Honnêtement, que ce soit Richard Turcotte, Stéphan Bureau ou Bugs Bunny qui anime le nouveau show du matin de V, on s'en tape un peu, non? En tout cas, moi, peu importe la chaine, les shows du matin, je ne peux en endurer plus qu'une dizaine de minutes, incluant une pause pipi... Vraiment, m'en fout... ;-)
The Voice adapté au Québec et animé par Charles Lafortune à TVA? Bonjour les cotes d'écoute! Bonjour les émotions dans l'tapis! Bonjour les larmes de joie et les babounes de déception! Bonjour le festival des gros noms et des stars-internationales-has-been-de-passage-au-Québec-juste-pour-le-show! Bonjour le rouleau compresseur de la convergence! Bref, bonjour l'ennui...
Lorsque j'ai reçu le communiqué de Télé-Québec annonçant que Daniel Boucher allait collaborer à une nouvelle émission en septembre prochain, je me suis dit que c'était le bon moment pour piquer une jasette avec l'auteur-compositeur-interprète. Mais comme l'homme que j'ai connu à ses débuts fulgurants, époque Dix mille matins (La désise, Boules à mites, Deviens-tu c'que t'as voulu), fait pas mal autre chose, ces temps-ci, que de nous proposer du nouveau matériel (son dernier album date quand même de 2008), la conversation allait nécessairement bifurquer vers des sujets chauds. Des sujets sur lesquels Daniel semble vouloir prendre position de plus en plus sur la place publique. Il rédige depuis peu des billets sur un blogue du Journal de Montréal, et il s'est affiché comme signataire d'un manifeste de solidarité avec le mouvement étudiant (Nous sommes ensemble) rédigé dans l'urgence et endossé par 250 personnalités québécoises.
Mais je me suis dit qu'il fallait commencer tout doucement, en l'interrogeant sur cette intrigante émission intitulée La vie nous arrive, une série documentaire qui mettra en scène une ou deux personnes vivant des moments charnières dans leur vie. Un enfant de six ans à son entrée en première année, un étudiant en droit en processus de sélection pour un stage, un couple gai qui se marie dans un petit village... Daniel s'occupera de jouer au narrateur de leurs histoires, armé de sa guitare, de sa poésie et de son regard bleu scrutant les émotions fortes qui se dégageront de ces moments charnières. Une forme d'animation créative qui a tout de suite séduit Daniel Boucher lorsqu'on lui a proposé l'idée:
Sa nouvelle émission
Puis, la plogue étant faite, j'ai décidé de plonger! Je lui ai posé la question qui me turlupinait depuis un petit moment. Toutes ses activités parallèles à sa carrière d'auteur-compositeur-interprète seraient-elles en train de le faire dévier de son oeuvre musicale. Serait-il en train de se recycler, petit à petit, dans un rôle de personnalité publique, à la Paul Piché ou Michel Rivard, par exemple, où l'on a l'impression qu'on les voit partout, à faire tout sauf à être train de faire ce pourquoi ils sont faits, c'est-à-dire, créer des nouvelles tounes. Sa réponse laisse entrevoir une inspiration musicale fertile, mais un flou concernant les thèmes qu'il a envie d'aborder dans ses nouvelles chansons. Et ce qui se passe ce printemps avec le mouvement étudiant semble faire germer en lui une envie de s'exprimer sur ce vent de changement qu'il perçoit dans la société québécoise. «As-tu remarqué comment les adultes essaient de les planter (les leaders étudiants), y a des raisons à ça. C'est parce qu'ils sont solides!»
Prochain album + conflit étudiant
«J'ai l'impression qu'on est en train de vivre les conséquences d'avoir voté non deux fois! La turbulence qu'on nous promettait si on votait oui, elle est en train d'arriver, mais parce qu'on a voté non... Et le mouvement étudiant est juste le catalyseur du fait qu'on est tanné.» Ça y est, Daniel Boucher est sur sa lancée! L'indépendantiste en lui se réveille et trace le portrait «d'une coupure» qui est en train de s'opérer selon lui au Québec. Et il va même jusqu'à partager sa vision d'un Québec indépendant, qu'il souhaite voir se bâtir pacifiquement, selon le modèle des petits pays scandinaves.
Il fallait s'y attendre, la manifestation étudiante nue d'hier soir a fait couler beaucoup de tweets et cliquer pas mal de photos sur les réseaux sociaux. Signe de l'air du temps où la liberté de manifestation dans le plus simple appareil se transforme en spectacle et reflète le burlesque de la crise sociale avec laquelle est aux prises le gouvernement québécois, ce ne sont pas les corps dénudés qui ont fait scandale. Non, en fait, ce qui provoqué les haut-le-coeur et l'indignation des adeptes des réseaux sociaux, ce sont plutôt des commentaires et jugements que plusieurs ont qualifiés de méprisants, de la part de deux «professionnels» de l'information, la journaliste affiliée à The GazetteAnne Sutherland et le commentateur et maire de Huntingdon Stéphane Gendron qui y est allé encore une fois de son légendaire jugement éclairé sur Facebook:
Ce matin, devant le tollé, il a senti le besoin de se justifier. Je vous laisse juger de la pertinence de ses explications:
Personnellement, j'aurais envie de lui demander s'il trouve ça plus esthétique quand c'est lui qui met sa face sur des pancartes électorales? Mais passons...
Si Gendron n'en est pas à ses premiers débordements et qu'il en fait même ses choux gras quasi quotidiennement, le cas de la journaliste Anne Sutherland est plus surprenant. Elle a suscité un tollé en commentant le physique de plusieurs manifestants à demi nus, qu'elle trouvait trop poilus, pas attirants, indignes de poser dans Playboy et qu'elle invitait même à se rhabiller! Honnêtement, c'est le genre de commentaires que l'on voit passer à longueur de journée sur Twitter et Facebook, et parfois avec des mots et un ton passablement plus violent et insultant. Mais voilà, Anne Sutherland était, hier soir, une journaliste dans l'exercice de ses fonctions sur un réseau social qui est devenu une extension du champ de diffusion du monde médiatique... Pas besoin de vous dire qu'il s'en est suivi une longue série de commentaires d'internautes qui n'ont pas du tout apprécié, et que le Conseil de presse s'est empressé de compiler avant que la journaliste ne ferme son compte Twitter en panique tard hier soir.
Depuis, plusieurs blogues ont commenté l'histoire comme Sophie Durocher ici, Le Globe là et Dominique Arpin par ici, qui va même jusqu'à traiter Anne Sutherland de «nounoune»!
La morale de l'histoire? Pour faire parler de vous, pas besoin de vous déshabiller et de marcher dans la rue, quelques mots mal placés et le tour est joué! Même l'auteur et chroniqueur Jean Barbe n'a pas réussi à susciter autant d'intérêt en y participant en bobette!
Ceci dit, personnellement, je les au trouvé pas mal beaux nos manifestants:
La nouvelle de son hospitalisation d'urgence a défilée au bas de l'écran à RDI hier soir. Et ce matin, sans plus de suspense, l'annonce de sa mort défilait sur mon fil de nouvelle Facebook et les réactions fusaient de toute part sur Twitter. Jean-Guy Moreau, le parrain de tous les imitateurs, était décédé à l'âge de 68 ans.
Peu importe la cause de sa mort (on le savait fragile du coeur, ayant subi un pontage coronarien il y a une vingtaine d'années), ce dont on se souviendra, ce sont surtout les causes de sa vie. Car Jean-Guy Moreau ne camouflait pas ses convictions politiques dans ses monologues et ses imitations. Il n'était pas qu'un simple imitateur enchainant les chansons et les voix de personnalités publiques pour le simple fait d'épater la galerie et de susciter des réactions futiles comme: «c'est vrai qu'il l'a bien» ou «c'est pareil pareil!».
Non, pour Jean-Guy Moreau, le métier d'humoriste n'était pas un métier d'amuseur public. Comme il me l'expliquait lors d'une des ses dernières entrevues, donnée en compagnie de Maxim Martin dans le cadre du lancement de la websérie Manigances, dans laquelle il formait un duo intergénérationnel de flics d'enquête, l'humour «c'est le recul que tu prends sur les choses. C'est un mot anglais, "humor". C'est presque de l'amour, mais à distance...» Une entrevue dans laquelle il s'était révélé plus que le client (moi) en demandait. Dans laquelle il a parlé de lui, de sa vision de l'humour, de son goût pour l'audace. Il ne s’est d’ailleurs pas gêné pour écorcher certains «comiques» de la nouvelle génération, immensément populaire et sympathique, mais dont on ne souvient pas des propos à la sortie du spectacle. Et durant l’entrevue, il a surtout mis les projecteurs sur son jeune partenaire, le complimentant jusqu'à ce qu'il en rougisse presque. D'une générosité rare.
Et moi qui avais l'oeil pétillant derrière mon IPod Touch, fier que j'étais d'avoir réalisé une entrevue avec un artiste qui me fascinait dans ma jeunesse, au même titre qu'Yvon Deschamps.
En faisant quelques recherches sur YouTube pour vous offrir une vidéo souvenir pour terminer ce billet, je suis tombé sur cette imitation de Sol réalisée il y a seulement quelques mois par Jean-Guy Moreau, dans laquelle il parle du rôle du caricaturiste. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il parlait un peu de lui-même... Et il y avait encore cette satire, cette intelligence, ce désir de dire quelque chose qui laisse une forte impression. On regarde ça, et on se dit qu'il aurait eu encore plusieurs belles années devant lui... Salut Jean-Guy!
Ça joue dur dans les rues de Montréal par les soirs qui courent... Et que vous appeliez Joe Blo, Gabriel Nadeau-Dubois ou Alexis Martin, vaut mieux ne pas vous retrouvez par hasard au coeur d'une manifestation parce que les agents de la SPVM ne prendront pas le temps de vous demander ce que vous faisiez là...
L'acteur Alexis Martin (Apparences), l'a, semble-t-il, appris à ses dépens, mercredi soir, alors qu'il a été appréhendé par les policiers et détenus pendant plusieurs heures. Il a lui-même partagé les faits sur la page Facebook de l'agence d'artiste qui le représente, en prenant bien soin de mentionner qu'il n’ajoutera aucun commentaire à ce sujet. Voici sa lettre:
Ce qui s’est passé ce soir-là… - Alexis Martin
« Je ne faisais pas partie de la manifestation du 25 avril.
Je ne savais pas que la manifestation des étudiants avait été déclarée illégale quand j’ai quitté le domicile d’un ami, à pieds. Deux kilomètres me séparaient de mon domicile.
Les gens faisant partie de la manifestation se sont mis à courir pour se sauver des policiers. C’est à ce moment que j’ai réalisé l’ampleur de la situation.
Un policier anti-émeute m’a aperçu et m’a permis de quitter le groupe, ce que j’ai fait. J’ai marché 25 pieds vers ce que je croyais être la sortie, pour me retrouver dans une souricière du SPVM.
J’ai alors tenté d’expliquer à un autre policier que je ne faisais pas partie du groupe et c’est là qu’il m’a poussé et frappé à l’abdomen et au bras, malgré le fait que je ne résistais pas.
J’ai été consigné à rester assis sur la chaussée pendant 45 minutes, entouré des manifestants.
Une policière a fait la lecture de nos droits avec un porte-voix. J’ai été fouillé et menotté avant de monter dans l’autobus du SPVM qui nous a transportés au centre d’enquête. Arrivé sur place, j’ai attendu deux heures dans l’autobus, les mains attachées dans mon dos.
Au poste, vers 4h15 AM, prise de photo, papiers d’identification, aucun interrogatoire. Je regrette quelques injures à mon égard.
J’ai été libéré vers 4h45 AM, avec une contravention de 146$ en mains.
Pour le bien de tous, le gouvernement se doit de négocier avec les étudiants concernant la hausse des frais de scolarité. C’est ma conviction personnelle. Toutefois, les étudiants n’ont pas besoin de moi pour exprimer leurs revendications, ils le font avec grande intelligence. Mes deux heures d’attente dans un autobus réquisitionné par le SPVM m’ont au moins permis de découvrir avec bonheur le calme, l’intelligence et l’humour des ces jeunes hommes et femmes qui manifestent une compréhension profonde de ce qui constitue l’essence de la démocratie : la prise de parole. Je n’ai pas constaté d’agressivité inutile, ni de propos incohérents; en fait, les policiers qui appelaient pourtant à la dispersion du groupe, l’ont tout simplement empêchée. Allez savoir… »
Moment médiatique intense hier soir tant à la télévision traditionnelle que sur le Web. La couverture journalistique de la manifestation qui sévissait dans les rues du centre-ville de Montréal était teintée d'émotivité, d'approximation inévitable dans les circonstances et de surenchère prévisible dans le propos. Si durant les bulletins de nouvelles de 22h les deux grands réseaux ont tenté, chacun à leur façon, de brosser le portrait des enjeux de la crise sociale dans laquelle est plongée le Québec, la suite de la couverture de la manifestation sur les réseaux d'informations en continu a fait une grande place aux porte-parole des forces de l'ordre, au point où l'on se demandait si l'état major du SPVM n'avait pas élu domicile dans les studios de LCN et RDI...
Mais ce qui m'a frappé le plus dans les images en direct diffusées tout au long de la soirée, c'est l'utilisation récurrente des images de CUTV (Concordia University Television), média communautaire qui diffuse en continu et en direct sur le Web via la plateforme de diffusion Livestream. Le logo de CUTV bien en évidence (parfois accompagné de la mention «Courtoisie de:»), autant Radio-Canada/RDI que TVA/LCN ont redirigé, au besoin, le flux d'images que diffusait CUTV sur le Web. Et pendant ce temps, au plus fort de la soirée, plus de 6000 personnes visionnaient simultanément le canal de CUTV sur Livestream! Qu'autant de personnes se tournent vers le Web pour être informées est très révélateur, je crois, des nouvelles habitudes de consommation télévisuelles d'un certain public qui échappe de plus en plus aux médias de masse.
Mais, tout au long de la soirée, une question me revenait en tête: TVA/LCN et Radio-Canada/RDI avaient-ils la permission de diffuser ses images? Avaient-ils pris des ententes avec CUTV? CUTV recevait-elle une compensation, financière ou autre, pour l'utilisation de ces images? J'ai posé ces questions par courriel aux dirigeants de Radio-Canada/RDI et de TVA/LCN, ainsi qu'à CUTV. Laura Kneale, directrice générale de CUTV, qui est aussi souvent sur le terrain, a été la première à réagir. Voici ce dont nous avons parlé:
Est-ce que vous étiez au courant que Radio-Canada/RDI et TVA/LCN diffusaient vos images en direct hier soir?
«Non, absolument pas. Et ce n'est pas la première fois. V télé l'a déjà fait, Radio-Canada et TVA aussi. La semaine où il y a eu une intervention policière à Concordia, La Presse et RDI nous avait contactés pour savoir s'ils pouvaient utiliser les images qu'on avait tournées puisqu'ils avaient raté cette intervention. On leur a fourni avec notre logo pour s'assurer qu'on reçoive le crédit nécessaire. Par la suite, RDI nous a contactés en nous disant vouloir trouver une entente avec nous pour que l'on puisse partager mutuellement des images. Et c'était quelque chose qu'on demandait depuis longtemps, le coût d'acquisition des archives de Radio-Canada étant très élevé pour un média communautaire comme nous. Mais là, depuis quelques jours, alors que RDI et Radio-Canada diffusent nos images sans nous avoir demandé l'autorisation au préalable, ils ne retournent pas nos appels ni nos courriels pour qu'on puisse trouver une entente. Quant à LCN et TVA, ils ne nous ont même pas fait la courtoisie de nous appeler pour nous demander la permission. C'est clair qu'il va falloir négocier des ententes qui conviennent aux deux parties. Il faut que les autres médias paient leur juste part. Quant à TVA qui ajoutait la mention "Courtoisie de", c'est vraiment rire de nous... Ils veulent surtout éviter de mentionner qu'on est un média légitime autant qu'ils le sont. Quand on a commencé à diffuser en direct il y a quelques semaines, on savait que les journalistes nous regardaient dans leurs salles de nouvelles pour rester connecter avec l'action sur le terrain. Et malgré tout, ils ont commencé à faire de la désinformation en disant qu'on était un groupe d'étudiants en journalisme de l'Université, alors qu'on a un site Web qui précise avec preuve à l'appui qu'on est un organisme un but non lucratif qui existe depuis 1969, il y a nos états financiers, on est pas un groupe de 3-4 personnes qui ont réussi à se trouver des équipements sur le pouce! On a plus de 400 membres issus de Concordia, mais aussi d'autres universités à Montréal et de la communauté. C'est vraiment de la mauvaise foi de leur part. »
Ici il faut que je vous dise que quelques minutes après mon entrevue (vers 14h) avec Laura Kneale, celle-ci a reçu un appel de la part de la direction de Radio-Canada pour négocier une entente avec CUTV pour l'utilisation des images de la veille. C'est la première directrice de RDI, Luce Julien, qui me l'a elle-même annoncé vers 16h lorsqu'elle a retourné mon appel. Voici son interprétation de la situation:
«Il est très fréquent qu'il y ait des échanges d'images entre réseaux contre un crédit affiché au bas de l'écran. Surtout dans un contexte comme hier, où, pour au moins une des séquences utilisées, l'équipe de CUTV faisait partie de l'action puisqu'elle se faisait asperger par les policiers. En langage de l'info on appelle du news access, c'est de la nouvelle, et c'est moi qui ai donné le go de l'utiliser en ondes. On a ensuite utilisé quelques images de CUTV dans le feu de l'action et on s'est dit qu'on allait prendre entente avec eux demain matin. Ce qu'on a fait en début d'après-midi, on a pris entente, qui impliquait une entente financière effectivement. Mais normalement, entre grands réseaux, généralement, ces ententes-là se font simplement en donnant le crédit ou se discutent préalablement. Mais là, il faut comprendre qu'on était dans le feu de l'action. Je vous en prie, ne doutez pas de la bonne foi du Réseau de l'information, c'est réglé.»
Vérification faite auprès de Laura Kneale que j'ai recontactée après le coup de fil de Mme Julien, il y a bien eu une entente financière qui a été conclue pour l'utilisation des images d'hier, et elle se disait contente du dénouement, mais aussi de savoir qu'il y avait une ouverture de la part de Radio-Canada à d'autres types d'échanges, concernant entre autres l'accès aux archives de Radio-Canada. Par contre, en fin de journée, TVA n'avait toujours pas rappelé CUTV ni répondu à mon courriel...
Crédit photo: Toma Iczkovits
«Il faut comprendre que nos images sont du domaine public pour nos membres et pour les artistes que l'on couvre dans notre section arts et culture parce que ça entre dans notre mandat qui est d'encourager les membres de notre communauté qui n'ont pas accès aux technologies ou qui ont peu ou pas de couverture dans les médias de masse», explique Laura Kneale «C'est clair qu'on est en train de changer l'environnement médiatique au Québec et même peut-être à travers le monde et je pense que les médias traditionnels vont devoir s'adapter à cette nouvelle réalité.»
La conversation a bifurqué sur la réputation de CUTV d'offrir une couverture biaisée des manifestations étudiantes, d'avoir un parti pris. Alors, font-ils du journalisme ou du militantisme médiatique?
«Tous les médias de masse voudraient nous faire croire qu'ils sont objectifs, équilibrés et qu'ils ne sont pas biaisés. Nous notre ligne éditoriale c'est qu'on a un parti pris, on en est fier parce qu'on pense qu'il est respectueux de la communauté qui nous supporte et nous finance, nous regarde et nous diffuse. Et la couverture en direct et sans coupure que l'on propose est certainement la couverture la plus authentique et véritable que l'on peut offrir au public en ce moment. Tout le monde à un parti pris, c'est important de le reconnaitre. Et les médias de masse ne le reconnaissent pas souvent qu'ils en ont un aussi.»
Et dans leur relation avec les forces de l'ordre, sont-ils respectés au même titre que leurs collègues des médias traditionnels?
«Je ne peux pas dire qu'ils nous ont fait preuve de respect jusqu'à maintenant. Encore hier soir il y a eu des commentaires assez dégoûtants de la part des policiers antiémeutes envers des membres de notre équipe, alors qu'ils nous harcelaient, nous repoussaient pendant qu'il y avait des arrestations arbitraires massives dans un quartier résidentiel. Ils nous ont menacés en nous disant qu'on n’avait pas assez appris de notre dernière arrestation... Il y a un climat de tension qui s'est créé envers les médias et notamment les médias communautaires et indépendants et c'est tout à fait déplorable.»
Et le Web a beau avoir la réputation d'être gratuit (ou presque), diffuser en direct de manière aussi intensive, implique des coûts que l'on imagine assez substantiels. Comment vont les finances de CUTV par les temps qui courent?
«Notre quota de direct sur la plateforme Livestreeam est dépassé de beaucoup. En fait, pour le mois d'avril, qui n'est même pas fini, on est rendu à presque 6000$ de dépassement de notre forfait mensuel! Mais l'appui du public est incroyable, on a des messages même de l'étranger de la part de gens qui nous appuient et nous remercient. Et on débute aujourd'hui une campagne de financement. On a intégré un bouton PayPal sur notre site.»