Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de la série Apparences qui prenait son envol hier soir à Radio-Canada, mais dont j'avais visionné les deux premiers épisodes lors du lancement de l'oeuvre écrite par Serge Boucher et réalisée par Francis Leclerc (voir mon billet par ici).
Je l'ai revu hier soir avec autant de fascination pour la justesse des textes, de l'interprétation et de la réalisation. Ce qui m'a par contre laissé avec une drôle d'impression, ce sont les extras que l'on propose sur le Web aux téléspectateurs. Il y a en fait trois sections principales au site consacré à la série: Au-delà des apparences, Derrière les apparences et un concours d'écriture intitulé Apparences trompeuses.
Qu'on profite de la diffusion d'une série de ce calibre, abordant un sujet important pour stimuler la créativité du public en les invitant à raconter une histoire de famille, je veux bien. Les résultats peuvent être étonnants, la perspective d'être lu par Serge Boucher (qui fait partie du jury) est un honneur en soi et le prix (une bourse de 3000$) est loin d'être cheap.
Que l'on diffuse des entrevues d'une dizaine de minutes réalisées par André Robitaille avec chacun des artisans de la série, parfait! Si c'est pour être aussi captivant que la première avec Francis Leclerc, qui parle avec une franchise à la fois déconcertante et rafraichissante des dessous de son travail de réalisation, de direction d'acteur, de son lien avec l'auteur tout en nous livrant de véritables secrets de tournage, on en prendrait des comme ça à toutes les semaines. Et on pourrait même les inclure à la diffusion télé qu'on ne s'en étonnerait pas.
Mais c'est lorsque l'on fait appel à des «spécialistes» (Rose-Marie Charest, psychologue clinicienne et présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, et Éveline Marcil-Denault, psychologue organisationnelle, conférencière et auteure) pour commenter, soi-disant à chaud, sous forme de billet vidéo, l'intrigue de l'épisode de la semaine, que là, je décroche… C'est un peu comme si l'oeuvre de Serge Boucher ne se suffisait pas en elle-même. Comme si le téléspectateur avait absolument besoin de se faire prendre par la main, de se faire expliquer ce qu'il venait de regarder. Comme s'il ne pouvait pas lui-même tracer (ou pas) des parallèles avec sa propre famille, ou tout simplement analyser l'oeuvre pour ce qu'elle est; une oeuvre de fiction.
À entendre les deux psychologues livrer leurs impressions de cette manière, c'est comme si on traitait Apparences de la même manière que les «dramatiques pédagogiques» de Janette Bertrand (Avec un grand A) à l'époque. On «psychopopifie» le propos et l'écriture de Serge Boucher. On infantilise le téléspectateur en orientant sa réflexion. Et, puisqu'on est à l'ère des réseaux sociaux, de l'engagement avec l'audience et de la valeur ajoutée du conversationnel, on l'invite à s'exprimer publiquement sur le sujet en laissant un commentaire.
On me répondra que les aspects psychologiques et la complexité des rapports familiaux abordés dans Apparences méritent d'être décortiqués, analysés et que les gens ont raison de ressentir l'envie d'en parler, d'en débattre et que c'est même sain pour la société que ça se fasse publiquement. Moi je suis de ceux qui croient qu'une oeuvre de fictions de ce calibre se digère dans l'intimité, à petites doses et à son propre rythme.
Mesdames et messieurs les producteurs de télévision, je sais que vous pouvez obtenir de bons financements pour réaliser des compléments Web de vos programmes, et c'est un incitatif stimulant et nécessaire pour bâtir une présence forte de contenus québécois sur les nouveaux médias. Mais de grâce, laissez les gens assimiler vos oeuvres dramatiques par eux-mêmes, laissez-les réfléchir par eux-mêmes. Ils en sont capables, vous savez…








Un commentaire
Tellement vrai. Les entrevues avec les artistes étaient suffisantes.