Yves-François Blanchet: 5 questions directes au dur à cuire du PQ!

 Yves François Blanchet: 5 questions directes au dur à cuire du PQ!J’ai connu professionnellement le député sortant de Drummond, Yves-François Blanchet, dans son ancienne vie. Celle d’agent d’artiste et, à une époque, de président de l’ADISQ. Il était aux commandes de la carrière d’Éric Lapointe. C’est dire si l’homme devait avoir la couenne dure pour passer à travers les multiples épisodes de «crises» de l’interprète de Loadé comme un gun. Il doit même trouver les tempêtes médiatiques du Parti Québécois bien tranquilles en comparaison…

C’est peut-être ces années passées au milieu des vestes de cuir qui lui ont valut cette réputation de dur à cuire. En fait, pour être plus précis, plusieurs journalistes ont affublé Yves-François Blanchet du titre de «goon de Pauline», celui-ci montant souvent au front pour faire taire les détracteurs de Mme Marois.

Parmi ces fronts, Yves-François privilégie de manière évidente les médias sociaux. Quasi quotidiennement, il commente des articles à saveur politique, se permettant d’interpeller personnellement les journalistes, critiquant leurs angles de traitement et échangeant parfois des remarques cinglantes, au risque de se retrouver sur la blacklist.

Pas plus tard que le week-end dernier, ses abonnés sur Twitter ont pu savourer une courte, mais intense conversation entre lui et le chroniqueur de La Presse Marc Cassivi qui avait démoli la chanson thème d’élection du Parti Québécois. Yves-François n’a pas apprécié sa lecture du matin et l’a exprimé à sa manière:

On le voit, à exprimer aussi librement ses critiques médiatiques, Yves-François Blanchet s’expose lui-même aux critiques des médias. Une façon de faire de la politique qui décoiffe, aux antipodes de la prudence de la langue de bois et qui mérite bien 5 questions sans détour. Et je savais bien qu’il y répondrait tout aussi directement:

- Sur Twitter, tu n’hésites pas à commenter ou à contester le travail des journalistes lorsque tu le juges nécessaire. C’est du courage, de l’impulsivité ou de l’insouciance (par rapport aux répercussions que tu pourrais subir de la part de journalistes que tu aurais critiqués sévèrement)?

«Je ne crois pas que ce soit du courage. Je suppose le pouvoir des journalistes et des chroniqueurs, mais si chacun agit selon sa propre vision de l’éthique professionnelle, seule une minorité se laissera tenter par les représailles. La plupart prennent bien la chose. Pour un qui vire littéralement fou qu’un méprisable élu OSE le défier, il y en a dix qui acceptent de bonne grâce le bref débat. Je vous épargne les noms des uns et des autres…  Je ne suis pas impulsif, même si beaucoup plus de répliques me viennent que ce que je me permets de publier, et ce n’est assurément pas de l’insouciance. Je me relis plusieurs fois avant de publier.   Le journaliste est engagé envers la qualité et la diversité de l’information, le chroniqueur envers la réflexion et l’analyse. Moi envers un parti, un programme et des militants. Un idéal. Oui, oui… J’accepte mal que plusieurs chroniqueurs abusent de leur statut dans un média pour prendre une position souvent partisane, sans l’admettre, et en faisant fi de la responsabilité qui vient avec le crayon ou le micro.»

- Puisque tu sembles prendre plaisir à critiquer les médias, quelle est ton analyse du travail journalistique autour de la campagne jusqu’à maintenant?

«J’avoue avoir du mal à me donner le recul nécessaire à une analyse…  Mon principal constat est que les médias font du commerce. Pas du commerce d’information, mais du commerce de la publicité. La course à la cote d’écoute ou au lectorat, garant des meilleurs tarifs publicitaires, semble conditionner le travail jusqu’à la rédaction. On favorise la clip, la sensation, la controverse, le scandale et les supputations sur la santé du docteur plutôt que la réécriture de la loi la plus populaire du répertoire québécois. La CAQ a adopté une stratégie moulée sur cette complaisance. Une nouvelle par jour, sensationnelle quitte à être simpliste, réductrice ou franchement stupide. Avant que les critiques ne s’articulent, une autre la remplace dès le lendemain, puis une autre…  L’analyse et la critique n’ont ni le temps ni l’espace pour avoir prise. Il faut donc ajuster la stratégie, mettre en place des mécanismes de réaction critique sans nuire à la présentation d’un programme qui, sans être parfait, mérite qu’on en soit très fiers.   Il faut nous adapter à cette presse tonitruante qui, parfois, ne sert ni la démocratie, ni l’information, ni le Québec. Ce n’est pas tout le monde, bien sûr, et je suis encore jaloux des bons journalistes et chroniqueurs, mais l’épidémie se propage… Le commerce a miné bien des idéaux. Les politiciens ne sont pas meilleurs. Ni pires. Nous devrions tous faire un effort.»

- Dans les médias, on te surnomme le goon du PQ. Est-ce que tu assumes cette image de dur à cuire prêt à aller au bâton pour défendre tes idées, ton parti ou ta chef?

«Le surnom de « goon » me vient… de l’intérieur du caucus. Lors des secousses qui ont agité le Parti québécois au printemps 2011, un collègue contrarié a glissé ce terme à un journaliste. Le reste était à prévoir. Je l’assume bien. Ça m’amuse. Que des adversaires m’aient accusé d’être en service commandé m’a blessé bien davantage. Je suis indépendant d’esprit. Je prends seul le risque et la responsabilité de mes propos. Le Parti n’a jamais cherché à contrôler ce que je dis et ce que j’écris. Je me suis porté à la défense de madame Marois par pure conviction, et par choix. Je crois qu’elle en a été la première surprise. Je soupçonne que les autres partis auraient aimé me recruter, mais savaient qu’ils n’avaient pas le début d’une chance. Madame Marois est de loin la meilleure personne pour nous mener vers l’avant, loin et vite. Mon expérience en gestion de crise, héritage de près de 20 ans avec un Lapointe que je n’aime pas moins pour ça, n’a pas dû nuire.  Un collègue, ou pire un ami qui devient un adversaire farouche, parfois vicieux, messie autoproclamé, ça appelle d’abord un acte d’humilité. J’ai manqué de jugement. J’ai été naïf. Je nous ai rendus vulnérables par cette confiance mal placée. Il me faut beaucoup de temps pour atteindre un état d’esprit qui me permette d’affronter sans remords. Je déteste le conflit. Ironique, non?»

- En tant qu’expert du tweet assassin, peux-tu nous donner le secret d’un bon tweetfight? 

«Je déteste le conflit. Si j’étais croyant, je serais bouddhiste. Ou j’essaierais… La notion de « tweetfight » incarne tout ce qui m’inquiète dans le dispositif communicationnel de notre société, médias sociaux inclus. Bien sûr, un débat peut être franc, senti, dur, intransigeant, et la forme y est pour beaucoup, mais que l’intention fondamentale en soit une d’affrontement et de destruction ne me convient pas. Que la notion même de « tweetfight » prime sur la teneur du débat mérite un examen de conscience. J’ai peut-être, ironiquement, une aisance dans un style auquel je refuse de m’identifier. Je vous jure et je me jure que je cherche à passer un contenu. Le contenu, la réflexion et l’analyse sont ce qui me manque le plus en politique. Je rêve de retourner à l’université faire ma maîtrise. J’insiste aussi sur le fait que la très grande majorité de mes messages sur Twitter et Facebook sont des liens sur des textes extérieurs. Tout cela dit, je crois que le message d’un « adversaire » contient sa propre réponse, sa propre faiblesse, et sa propre perte. Il suffit peut-être de les déceler. On fréquente plutôt Musachi que Sun Tzu, ici.»

- En tant qu’ex-gérant d’Éric Lapointe et ex-président de l’ADISQ, trouves-tu VRAIMENT la chanson thème du PQ bonne!

«Qui sont les quelques intelligents qui peuvent ainsi mépriser le travail d’un artiste?  J’ai vécu avec cette prétention crasse pendant vingt ans. Pour un critique sérieux, érudit, articulé, quitte à être dur, combien de ratés pas même sympathiques?  De racoleurs à la plume vicieuse?  Le pire des deux mondes, celui de la musique et celui de la politique, se rencontrait dans un texte comme celui de Marc Cassivi. Et tous ces gens ont ouvertement associé leur mépris à Star Académie. Qui sont-ils pour vomir sur ce que des millions de Québécois aiment?  Impardonnable. La culture qui ne peut être qu’élitiste appartient à un autre temps. Nelson Minville a créé une pièce musicale parfaite pour l’usage qui allait en être fait. Et la polémique sur la qualité du thème a servi à occulter que des noms aussi importants qu’Arianne Moffatt, Paul Piché, Marie-Hélène Thibert, Yann Perreau ou Michel Rivard en ont été les interprètes. Ils ont dû en souffrir parce que la sensibilité d’un artiste n’est pas la même. Pendant ce temps, la CAQ prétendait que des artistes de renom exprimaient leur appui à ce parti, mais craignait les représailles de la gauche séparatiste et n’osait s’afficher. Quelques jours de pur délire. Gênante ironie…»

 

 


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